Ouvrez trois catalogues de bilan de compétences. Le premier annonce 24 heures, le deuxième 13 heures, le troisième « 16 heures dont 8 en autonomie ». Les trois se déclarent conformes au Code du travail, et les trois peuvent l'être. C'est précisément ce qui rend la question impossible à trancher en regardant la concurrence. Le problème n'est pas de savoir quel chiffre est le bon : c'est de savoir lequel vous engagez vis-à-vis de votre bénéficiaire, de votre financeur et de votre auditeur. Parce que le jour de l'audit, personne ne vous demandera si 13 heures suffisent. On vous demandera de prouver, dossier par dossier, que vous avez réalisé ce que vous aviez annoncé.

Que dit exactement le Code du travail sur la durée ?
Le bilan de compétences est défini par les articles L6313-1 et R6313-4 à R6313-8 du Code du travail. Sur la durée, le texte dit une seule chose : elle ne peut excéder 24 heures, réparties sur plusieurs semaines. C'est un plafond, pas un format, et surtout pas une norme.
Trois conséquences que la plupart des pages oublient de tirer :
- Il n'existe aucune durée minimale légale. Un bilan de 16 heures est parfaitement conforme au Code du travail. Un bilan de 26 heures ne l'est pas.
- Le plafond s'apprécie par bilan, pas par année ni par bénéficiaire sur sa carrière.
- L'étalement est une obligation, pas une bonne pratique. Un bilan comprimé sur trois jours consécutifs contredit la lettre du texte, même s'il tient dans les 24 heures.
Le texte impose aussi les trois phases - préliminaire, investigation, conclusions - sans répartir les heures entre elles. Cette répartition relève de votre méthode, et c'est là que les offres divergent légitimement.
D'où vient le chiffre de 13 heures ?
De nulle part, réglementairement parlant. Aucun article du Code du travail, aucun décret, aucun arrêté ne mentionne 13 heures de bilan de compétences. Ce chiffre est un héritage de la mécanique de financement, pas du droit.
Son origine est arithmétique. Quand les grilles de prise en charge se sont resserrées, les organismes ont conservé l'enveloppe annoncée de 24 heures en la scindant : les heures d'accompagnement individuel d'un côté, le travail personnel du bénéficiaire de l'autre. La formulation « 24 heures dont 13 heures d'accompagnement » est devenue si répandue sur les catalogues que le « 13 » s'est détaché et a fini par circuler seul, comme s'il s'agissait d'une durée standard.
D'où la confusion actuelle : un consultant qui annonce 13 heures et un autre qui annonce 24 heures décrivent parfois exactement la même prestation. L'un compte le face-à-face, l'autre l'enveloppe totale. Aucun des deux ne ment. Simplement, ils ne comptent pas la même chose.
13 h ou 24 h : que devez-vous annoncer ?
Annoncez ce que vous réalisez, et dites ce que vous comptez. Le risque ne vient jamais du chiffre choisi : il vient d'un chiffre affiché sans décomposition, impossible à rapprocher des heures réellement tracées.
| Ce que vous annoncez | Conforme au Code du travail | Risque en audit | À faire |
|---|---|---|---|
| « 24 heures » sans détail | Oui | Élevé : l'auditeur compare aux heures d'entretien tracées et constate l'écart | Préciser accompagnement / travail personnel |
| « 24 h dont 13 h d'accompagnement » | Oui | Faible : les deux lignes sont rapprochables | Tracer les deux séparément |
| « 13 heures » seul | Oui | Moyen : le bénéficiaire découvre du travail personnel non annoncé | Ajouter l'enveloppe totale |
| « 30 heures » | Non | Non-conformité réglementaire directe | Redécouper l'offre |
| « 16 h dont 12 h d'accompagnement » | Oui | Faible | Rien, c'est le format le plus lisible |
La règle pratique tient en une phrase : votre devis, votre convention, votre fiche EDOF et votre feuille d'heures doivent afficher le même découpage. Si vous devez expliquer oralement pourquoi les quatre documents ne disent pas la même chose, vous avez déjà perdu l'échange. Un suivi légal des heures qui sépare nativement les deux compteurs règle le problème en amont.
Ce qu'un auditeur Qualiopi vérifie réellement
Depuis le 1er janvier 2022, la certification Qualiopi conditionne l'accès aux fonds publics et mutualisés, dont le CPF. Elle repose sur le Référentiel National Qualité, 7 critères et 32 indicateurs, dont une partie s'applique spécifiquement au bilan de compétences.

Ce que l'auditeur ouvre n'est pas votre plaquette. C'est un échantillon de dossiers individuels, et il y cherche la même chose à chaque fois : le décompte horaire par bénéficiaire. Pas la durée annoncée, pas la durée moyenne du catalogue. Les heures réalisées, datées, pour cette personne-là.
Trois écarts reviennent systématiquement :
- une durée commerciale de 24 heures face à des dossiers qui n'en tracent que 11 ;
- des heures de travail personnel comptées dans le total sans aucune trace de ce travail (aucun livrable, aucun questionnaire rendu) ;
- des feuilles d'heures signées en bloc à la fin, toutes à la même date.
La checklist des 32 indicateurs Qualiopi permet de passer ses propres dossiers au même filtre avant l'audit, dossier par dossier plutôt que critère par critère.
Comment tracer les heures réalisées face au prévu ?
Le pilotage se joue sur un écart, pas sur un total. Ce qui vous protège, c'est de pouvoir montrer à tout moment la différence entre le prévu et le réalisé, et de l'avoir constatée avant l'auditeur.
Avant : la feuille d'heures reconstituée. Le bilan se termine, vous rouvrez votre agenda, vous retrouvez les créneaux, vous imprimez une feuille récapitulative, vous la faites signer en une fois. Elle est plausible, elle n'est pas probante.
Après : le décompte alimenté au fil de l'eau. Chaque séance est enregistrée le jour même avec sa date, sa durée, sa phase et sa modalité. Le travail personnel est compté quand le livrable arrive, pas quand il est prescrit.
La check-list minimale par dossier :
- Date, heure de début et de fin de chaque entretien.
- Phase concernée : préliminaire, investigation ou conclusions.
- Modalité : présentiel, visioconférence, travail personnel.
- Preuve associée pour le travail personnel (questionnaire, restitution de test, fiche métier).
- Total cumulé comparé à l'enveloppe annoncée.
- Justification écrite de tout écart supérieur à deux heures.
Un portail bénéficiaire qui horodate les dépôts rend cette traçabilité automatique plutôt que déclarative.
Les cas limites que personne ne traite
Le bilan interrompu. Un bénéficiaire s'arrête à 9 heures sur 24. Vous ne facturez pas 24 heures et vous ne déclarez pas un service fait complet. Vous déclarez les heures réalisées et vous conservez la trace de l'abandon. C'est la situation où un décompte tenu au fil de l'eau vaut de l'argent.
L'entretien de suivi à 6 mois. Le Code du travail prévoit qu'un entretien de suivi peut être proposé dans les six mois suivant la fin du bilan. Faut-il le loger dans les 24 heures ? La pratique prudente consiste à le tracer comme un acte distinct, postérieur à la phase de conclusions, plutôt qu'à consommer une heure de l'enveloppe pour un rendez-vous qui interviendra un semestre plus tard.
Le dépassement à la demande du bénéficiaire. Une séance supplémentaire parce que la personne en a besoin ne transforme pas un bilan conforme en infraction si le total reste sous le plafond. Au-dessus de 24 heures, la prestation supplémentaire relève d'un autre cadre, à contractualiser séparément.
Ce que le plafond CPF de 1 600 € fait à votre durée
Depuis les décrets n° 2026-126 et n° 2026-127 du 24 février 2026 (article D6323-6 du Code du travail), le CPF ne prend en charge qu'au maximum 1 600 € pour un bilan de compétences. S'y ajoute une participation forfaitaire de 150 € à la charge du bénéficiaire depuis le décret n° 2026-234 du 30 mars 2026, sauf exonération (demandeurs d'emploi, cofinancement employeur ou OPCO).
Ce plafond a un effet mécanique que peu de consultants ont calculé : il fixe le prix de votre heure.
| Format vendu | Heures d'accompagnement | Prix plafonné CPF | Coût par heure accompagnée |
|---|---|---|---|
| 24 h dont 13 h d'accompagnement | 13 h | 1 600 € | 123 € |
| 24 h dont 20 h d'accompagnement | 20 h | 1 600 € | 80 € |
| 24 h d'accompagnement intégral | 24 h | 1 600 € | 67 € |
Trois offres affichées « 24 heures », au même prix, avec un revenu horaire qui varie du simple au double. Le format que vous choisissez est une décision de modèle économique autant que pédagogique, à arbitrer avec votre tarification 2026. Pensez aussi à vérifier le délai de carence de 5 ans entre deux bilans financés sur fonds publics : c'est devenu une cause de refus fréquente.
Questions fréquentes
Un bilan de compétences peut-il durer plus de 24 heures ?
Non, pas au titre du bilan de compétences. Le Code du travail fixe ce plafond sans exception. Un accompagnement complémentaire est possible, mais il relève d'un autre cadre contractuel et d'un autre financement, et doit être tracé séparément.
Combien de temps dure un bilan de compétences en moyenne ?
Les formats du marché se situent le plus souvent entre 12 et 24 heures au total, avec une part d'accompagnement individuel qui varie fortement. Il n'existe pas de durée normée : seul le plafond de 24 heures s'impose. Comparez toujours les heures d'accompagnement, jamais les enveloppes affichées.
Le travail personnel compte-t-il dans les 24 heures ?
Beaucoup d'organismes l'intègrent, et rien ne l'interdit. La condition est de pouvoir le prouver : un travail personnel compté dans le total sans livrable associé est un écart classique en audit. Comptez-le quand vous en recevez le résultat.
Sur combien de semaines faut-il étaler un bilan de compétences ?
Le Code du travail impose une répartition sur plusieurs semaines sans fixer de nombre. En pratique, un étalement sur 6 à 12 semaines laisse le temps d'investigation nécessaire entre les séances et résiste à la lecture d'un auditeur, contrairement à un format concentré sur quelques jours.
Passez du chiffre annoncé au chiffre prouvé
La durée n'est pas un argument commercial à choisir une fois pour toutes : c'est un engagement que chaque dossier doit pouvoir démontrer. Si vos feuilles d'heures sont reconstituées après coup, le sujet reviendra à chaque audit. Si le décompte se construit séance après séance, votre conformité Qualiopi devient un sous-produit naturel d'un bon suivi.
Bilan de Compétences sépare l'accompagnement du travail personnel, horodate chaque séance et signale les écarts avant qu'ils ne deviennent des non-conformités. Essayez la plateforme gratuitement, ou parcourez d'abord le guide Qualiopi pour le bilan de compétences pour situer la durée parmi les autres points contrôlés.